Le président Kagame converse avec Tshisekedi, son homologue de la RD Congo

Le prĂ©sident rwandais Paul Kagame a accusĂ© son homologue congolais d’ignorer les “vrais problèmes” qui menacent les relations entre les pays voisins, notamment l’Ă©chec Ă  Ă©touffer la rĂ©bellion interne, alors que la crainte d’une nouvelle guerre dans la rĂ©gion des Grands Lacs monte.

Au cours des dernières semaines, Kagame et le prĂ©sident de la RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo, Felix Tshisekedi, se sont accusĂ©s d’avoir attisĂ© le conflit. Tshisekedi a dĂ©clarĂ© que Kagame soutenait les rebelles contre son gouvernement. Le Rwanda nie l’allĂ©gation et a mis en garde le Congo contre le fait de tirer sur son territoire sous prĂ©texte de poursuivre les insurgĂ©s.

“Porter ces accusations, c’est simplement Ă©chapper ses responsabilitĂ©s de prĂ©sident de ce pays”, a dĂ©clarĂ© Kagame dans une interview avec Zain Verjee, hĂ´te du Qatar Economic Forum.

Kagame faisait rĂ©fĂ©rence Ă  une incapacitĂ© Ă  faire face aux groupes militants dans l’est du Congo, une menace que les administrations congolaises successives et les Nations Unies n’ont pas rĂ©ussi Ă  combattre depuis deux dĂ©cennies. L’une est les Forces dĂ©mocratiques pour la libĂ©ration du Rwanda, ou FDLR, liĂ©es au gĂ©nocide de 1994 et que Kagame veut dĂ©truire. Un autre est connu sous le nom de M23, qui dit qu’il vise Ă  protĂ©ger les personnes d’origine rwandaise contre les mauvais traitements au Congo, mais est accusĂ© par Tshisekedi de s’opposer Ă  son gouvernement avec le soutien de Kagame.

“Les Congolais d’origine rwandaise et la manière dont cette question a Ă©tĂ© traitĂ©e au Congo ont besoin de plus d’attention”, a dĂ©clarĂ© Kagame. « Cela peut ĂŞtre rĂ©solu. Si vous regardez les droits des personnes, rĂ©soudre leur problème est une question simple.

Un porte-parole de la prĂ©sidence congolaise n’a pas immĂ©diatement rĂ©pondu aux messages sollicitant des commentaires. Tshisekedi a dĂ©clarĂ© vendredi dans un discours devant son conseil des ministres que son pays “fait face Ă  une attaque du Rwanda, sous le couvert du M23”.

Un soldat congolais qui est entrĂ© au Rwanda a Ă©tĂ© tuĂ© vendredi après avoir prĂ©tendument tirĂ© sur des membres du personnel de sĂ©curitĂ© et des civils. L’incident s’est produit après une augmentation des activitĂ©s du M23 au Congo, y compris la prise de la ville de Bunagana près de l’intersection de la RDC, de l’Ouganda et du Rwanda.

Le M23 prĂ©voit dĂ©sormais de s’emparer de la plaque tournante commerciale de Goma, Ă  la frontière congo-rwandaise, selon un rapport du groupe d’experts indĂ©pendants de l’ONU. Le 10 juin, le Rwanda a dĂ©clarĂ© que l’armĂ©e congolaise avait tirĂ© deux roquettes sur son territoire.

Les tensions Ă©voquent des souvenirs de la soi-disant guerre mondiale africaine, qui a Ă©clatĂ© lorsque le Rwanda et l’Ouganda ont envahi le Congo en 1998 après leur brouille avec le prĂ©sident congolais de l’Ă©poque, Laurent DĂ©sirĂ© Kabila, qu’ils avaient aidĂ© Ă  Ă©vincer Mobutu Sese Seko. Le conflit a entraĂ®nĂ© plusieurs autres nations africaines et des dizaines de groupes militants, faisant des millions de morts.

Le Congo est le plus grand fournisseur mondial du cobalt, un minĂ©ral clĂ© pour les batteries, et l’un des plus grands producteurs de cuivre.

Le Congo pourrait ĂŞtre contraint de nĂ©gocier avec le M23 si Goma tombe, et les rebelles pourraient prĂ©senter des demandes d’amnistie, de restitution de leurs avoirs et d’intĂ©gration de ses combattants dans l’armĂ©e, selon le rapport d’experts de l’ONU publiĂ© le 17 juin. Le M23 est composĂ©e en grande partie de Tutsi congolais, le mĂŞme groupe ethnique qui fut vitime du genocide en 1994 au Rwanda. Les auteurs Ă©taient des Hutus, dont certains ont fui au Congo et ont formĂ© les FDLR.

Des initiatives sont en cours pour tenter de rĂ©soudre le diffĂ©rend. Le prĂ©sident angolais Joao Lourenço est impliquĂ© en tant que prĂ©sident de la ConfĂ©rence internationale de la rĂ©gion des Grands Lacs, tout comme Uhuru Kenyatta, prĂ©sident du Kenya et prĂ©sident de la communautĂ© est-africaine. L’EAC prĂ©voit de dĂ©ployer une force rĂ©gionale dans l’est du Congo.

Les chefs d’État de l’EAC se sont rencontrĂ©s lundi et ont rĂ©itĂ©rĂ© leurs appels Ă  un cessez-le-feu immĂ©diat et Ă  la “cessation des hostilitĂ©s” dans l’est du Congo, selon un communiquĂ© envoyĂ© par courrier Ă©lectronique par le gouvernement kenyan, selon Bloomberg.

“Ce n’est pas que nous n’avons pas abordĂ© les bons problèmes”, mais en ce qui concerne “la mise en Ĺ“uvre et, pour certaines raisons que je ne comprends pas, le prĂ©sident Tshisekedi a choisi une direction complètement diffĂ©rente”, a dĂ©clarĂ© Kagame. “Nous devons nous attaquer aux vrais problèmes.”

Tshisekedi a Ă©galement exhortĂ© le Premier ministre britannique Boris Johnson, qui fait pression pour un accord controversĂ© de 150 millions de dollars pour envoyer des demandeurs d’asile au Rwanda, Ă  intervenir. Kagame accueille cette semaine la rĂ©union des chefs de gouvernement du Commonwealth Ă  Kigali, Ă  laquelle Johnson et le prince Charles devraient assister.

Réfugiés du Royaume Uni

Kagame a dĂ©fendu l’accord avec le Royaume-Uni pour hĂ©berger les rĂ©fugiĂ©s, affirmant que le Rwanda avait accueilli plus de 1,000 migrants vulnĂ©rables Ă©vacuĂ©s de Libye.

“L’arrangement avec le Royaume-Uni est liĂ© Ă  cette expĂ©rience”, a-t-il dĂ©clarĂ©. « Le système d’asile mondial est dĂ©faillant et a besoin de solutions innovantes. Nous sommes heureux de contribuer Ă  ces solutions.

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